Accoucher en Maison de Naissance en France

Informations & Témoignages autour de l'expérimentation des accouchements en Maisons de Naissances en France.

La naissance de Liam racontée par ses deux parents

Thaïs et Mathieu nous livrent un récit à deux voix heure par heure d’une naissance tant attendue. Ils ont accueillis leur petit Liam à PHAM, la maison de naissance de Bourgoin Jallieu.

parents

Thaïs et Mathieu sont les heureux parents de Liam.

Le 18 juin 2019

1h du matin :

Thaïs : Comme très souvent les nuits précédentes, je me réveille pour faire pipi, la maison est calme, paisible. J’entends la respiration profonde d’Elyn qui dort en haut avec son frère, Raphaël, les enfants de Mathieu.

Je vais boire un verre d’eau à la cuisine, et par la fenêtre j’observe un moment la lune qui est pleine et ronde, comme moi. Je sens en moi comme un appel, peut-être serait-ce pour aujourd’hui…

Je retourne me coucher auprès de mon homme, qui, fiévreux, transpire abondamment.

Mathieu : rrrrrzzzzzzzz

3h :

T : Réveillée par une grosse douleur de règles, je me demande si c’est une première contraction, mais sûre de rien je me rendors. Mathieu roupille.

4h30 :

T : rebelote, cette fois je me dis que cela y ressemble bien.

6h :

T : J’ai bien mal au ventre, alors je retourne au lit et m’installe sur le lit en position à genoux recroquevillée. Quand je veux me déplier, je me déboîte le genou, celui auquel il manque un ligament. J’ai l’habitude mais ça fait mal, et là, je sens comme si un ballon éclate d’un petit clac sonore dans mon ventre et j’ai l’impression de me faire pipi dessus. Enfin juste un peu… Je secoue alors doucement Mathieu et lui dis : « mon amour je me suis déboîté le genou et je crois que je perds les eaux… »

M : Pinaise le mal de crâne, de gorge, je dois aller bosser dans une heure et je suis crevé… Et Thaïs qui me secoue… Ah la poisse, son genou déboîté. Quelle idée, à cette heure… bon allez, je lui tends la jambe et je me recouche. Là elle me dit qu’elle fuit du minou. AAAAAA ! C’est parti et c’est pas comme je veux, elle fissure donc elle va en chier, je suis hs, j’ai les enfants à emmener à l’école, et j’ai encore mille trucs à finir au taf… Grosse pression, une fois sa jambe remise en place (priorité aux urgences), je me lève et je me sens mal, je me pose au sol pour ne pas tomber…

T : Oh merde. Peut-être je vais accoucher toute seule ! Je flippe un peu, je vois bien que Mathieu est super malade, même que je l’ai rarement vu comme ça.

M : Bon Thaïs a bien la poche des eaux fissurée, ça coule à chaque contraction, et elles semblent déjà proches (7-8 min) et relativement régulières. Message à 6h24 à Mathilde notre super sage femme, pour l’informer sans stress, liquide clair.

Je lève mes enfants tant bien que mal, déjeune, leur explique que c’est parti et qu’on ne sera peut être pas là le soir mais que Thaïs va gérer. Elle y tenait tant…

Mathilde répond à 7h51, enthousiaste et demande si bébé bouge bien. Je réponds à 7h54 comme quoi RAS, bébé nickel, bouchon muqueux perdu et contractions irrégulières entre 30s et 1min20 et entre 3 et 8 min d’intervalle. Je lui dis que je suis malade, et elle me dit qu’elle m’appelle après avoir emmené ses enfants à l’école car précautions à prendre… J’emmène les miens en voiture pas en vélo suite à une remarque pertinente de Thaïs, comme quoi si on n’est pas dispos, personne pour prendre les vélos… Elle a encore de la jugeote. Ça roule. Enfants inquiets et excités. J’ai espoir que tout soit fini rapidement et que je puisse récupérer mes enfants à la garderie à 18h…

T : Pendant tout ce temps là, je chronomètre mes contractions avec une appli, elles sont de moins en moins espacées, de plus en plus longues, et ça commence à bieeeen pincer. J’ai participé au petit déjeuner avec les enfants, et j’ai du m’arrêter 1 ou 2 fois pour souffler. Les contractions deviennent intenses. Quand Mathieu revient de l’école, ils ont un échange avec Mathilde, et quand il lui dit qu’il a une angine elle lui demande d’aller en urgence faire un strepto test, pour éviter le risque d’infecter mon utérus ainsi que notre bébé.

M : J’appelle le doc, rdv pour 11h30, no stress, une fissure ça va pas vite… Thaïs informée me demande expressément de rapprocher le rdv en urgence, ce que je fais illico, elle sait être persuasive. Le doc me prend au tél en direct, me dit de venir tout de suite, je file en voiture et 7 min plus tard une haie d’honneur dans la salle d’attente pour que je passe, un accouchement ça parle aux gens… Verdict : strepto A, angine bactérienne, et…antibios. Je les prends, pour la première fois de ma vie, mais celle de ma belle et de mon fils sont en jeu… Je n’échapperai pas pour autant au masque non-stop et aux lavages de mains incessants, + no bisou pour 48h au moins…

T : Mon homme de retour avec un masque, c’est pas très sexy, moi qui croyais qu’on allait se faire des câlins, vu son état c’est mort… Les contractions se rapprochent encore, je finis de lire un livre sur mon ballon (Ariane SECCIA, message d’une sage-femme pour une naissance libre, les peurs de la grossesse et de l’accouchement). Ce livre est une bible avec des clefs très précieuses pour la vie en général.

M : Thaïs a l’air vraiment sereine sur son ballon, elle gère à merveille et souffle encore relativement calmement, est rayonnante de beauté. Mon arrivée masquée est loin de Zorro ou Georges Clooney, c’est la grosse cagade. La vie me présente des surprises, je les prends donc telles quelles, et je chantonne des mantras d’ancrage, et « gaté gaté » lequel parle d’un plongeon joyeux dans l’inconnu… à 10h je tiens Mathilde au courant de la progression du travail, qui s’intensifie, Thaïs commence à faire des sons de plus en plus intenses, les contractions se rapprochent (3 min environ).

Je suis très surpris par la rapidité de l’évolution du travail, je n’avais pas imaginé cela comme ça, surtout au vu de mon vécu et des accouchements de mes 2 premiers.

Je remplis le spa avec de l’eau chaude et je salue le travail de préparation logistique que nous avons fait en amont, le tuyau est facile à approcher et l’eau est à 36° à 10h30 en ajoutant quelques casseroles d’eau bouillante. La classe. Bouillottes prêtes, affaires pour Mathilde aussi, matelas posés, la mère de mes enfants est prévenue et est ok pour gérer la sortie d’école et le soir, je suis au taquet, bien que quasi KO, mais mû par les hormones, connecté à ma belle qui chante de plus en plus fort et profondément.

T : Mon homme s’affaire dans la maison et dans le jardin, je me sens en sécurité et choyée. Je sens chaque vague un peu plus profondément, je me concentre sur l’accueil de toutes mes sensations, comme une méditation. Surtout, j’applique à la lettre un conseil d’une amie qui a accouché récemment, à savoir de profiter à fond de toutes les pauses. Alors à chaque vague je fais un son, je le laisse être, et je me remplis de la sensation dans mon ventre et dans mon dos. Je lui dis « oui » et je m’ouvre au maximum. Je cherche à devenir molle, souple. À chaque pause, après chaque moment douloureux, je me sens plus shootée par les hormones, et j’essaie d’en profiter. Je rentre dans la piscine, mmmmm trop bon l’eau chaude, cela fait un bien fou, je me laisse flotter un moment. Je me sens tellement chanceuse d’être au milieu de mon jardin, par une journée si ensoleillée, à écouter les chants d’oiseaux en compagnie d’un homme merveilleux. Pendant un instant je réalise que je suis en train d’accoucher et je me dis qu’on est complètement fous. Je me demande même si je vais y arriver puis je me raccroche à mon train en prenant chaque instant qui vient comme il vient. Je ne lâcherai plus ce fil jusqu’à la naissance.

M : Mathilde va arriver vers 11h30. Tout est prêt, je peux me détendre et me poser plus longuement auprès de ma belle, je prends le temps de ressentir tout ce que me provoque cet instant, mes peurs qui me traversent, des joies immenses qui débordent, un Amour et une admiration sans borne pour mon aimée, laquelle est tellement pleinement dans l’instant qu’elle en est époustouflante. Je ressens déjà les premières frustrations liées au masque, mes envies d’embrasser, de caresser Thaïs de mes lèvres… Elle ne peut voir mon visage, seuls mes yeux qui pleurent, mais même s’ils expriment la joie, elle ne peut voir les sourires immenses qui prolongent mes regards appuyés…

T : Mathilde arrive. Je suis complètement dans ma bulle. Je crois me souvenir que je lui souris…

M : Thaïs fait des sons magnifiques. Elle semble connectée à des dimensions qui me dépassent, j’essaie de me remémorer les différents stades de l’accouchement (merci Karine la sage-femme) pour deviner à quel stade elle et notre enfant se trouvent. Au vu de l’intensité, de mon point de vue on est à la fin du travail de dilatation, proches de la désespérance. Je prends le temps d’accueillir Mathilde, Roselène (sage-femme 2) arrive dans la foulée.

Je leur sers un café, et le mouds avec le moulin antique de Thaïs, elles kiffent le concept de moi masqué qui moud le café à la main. Je les aide à s’installer, transats dans l’herbe près du spa, j’apporte des infusions, de l’eau, de la pastèque. Thaïs adooore la pastèque, surtout là. Le brumisateur aussi a du succès. Je lui rends un hommage particulier car il rendra l’âme quelques jours plus tard, à mon grand désespoir, en pleine canicule, et de mon fait… grrrr.

T : pour raconter ce récit je me rends compte qu’à partir de ce stade-là de mon accouchement mon cerveau n’était plus branché aux mêmes endroits. Aucune notion du temps qui passe, les seuls souvenirs que je garde sont des sensations : le jus de la pastèque qui coule dans ma bouche, l’eau sur ma peau dans le spa, la chaleur sur mes joues, la fraîcheur du brumisateur, les quelques rayons de soleil parfois à travers les feuilles du prunier qui me fait de l’ombre, je me souviens de loin la présence des 2 sage-femmes, j’ai un souvenir de bienveillance profonde, je me suis sentie tout à fait à l’aise, étonnamment, complètement nue à 4 pattes devant elles. Mathilde écoute le cœur du bébé de temps en temps, me dit qu’elle voit la ligne violette entre mes fesses, signe d’un accouchement imminent. Il me semble que je reste longtemps à cet endroit là.

M : Roselène m’agace un peu à vouloir enlever de l’eau toutes les petites bêtes qui y sont tombées. Je fais abstraction, Thaïs n’a pas l’air de s’en incommoder plus que ça. Si je commence à imposer tout et n’importe quoi… ça m’a traversé car en tant que gardien protecteur, je me dois d’équilibrer la protection avec la sérénité aussi des sage femmes…

Je suis étonné et émerveillé par la magie qui se dégage du tout que nous formons, Thaïs, bébé, Mathilde, Roselène et moi. Un cocon de bienveillance dans un seul but : le passage d’un monde à un autre pour notre bébé. Nous avons la visite d’un merle, qui vient à 50 cm de moi, et nous regarde avec intensité. Un totem passager me dis-je, Thaïs ne l’a pas vu, je fais un clin d’œil à Mathilde et Roselène qui l’observent un long moment. Notre abeille charpentière fait aussi des passages proches, papillons, mésanges et libellules sont aussi à la fête, comme pour nous accompagner. Je me sens soutenu par des forces de la nature, et extrêmement chanceux.

Notre voisine Aurélie étend son linge à quelques mètres à côté, derrière la haie, Thaïs la salue entre 2 contractions. Elle répond « bon accouchement ! », encore du soutien chouette, ça pourrait déranger le voisinage mais tous sont prévenus, et au pire un panneau est planté sur le chemin d’accès à la maison au cas où, pour prévenir de l’accouchement en cours et de ne pas déranger.

Je reçois un message d’une amie, qui me dit penser fort à nous. Je lui réponds qu’on est sur la fin du travail… Il est 14h. Je nage dans le bonheur, et je ressens que j’ai une immense chance de vivre cela ainsi, que ma femme assure, que ses chants sont beaux, et cela me semble presque trop facile.

T : Je suis tellement shootée aux hormones qu’à peu près tout me laisse indifférente, me passe au-dessus. Avec du recul, je me rends compte que tout l’accouchement j’ai réagi différemment de ce à quoi je m’étais préparée me connaissant. Je pensais que je serais pudique, que les conversations me gêneraient, que je ne voudrais pas d’intervention comme touchers vaginaux, que je refuserais totalement l’idée d’un transfert, et plein d’autres choses que j’ai finalement très bien vécues. Je crois que j’étais dans un espace où seul existe l’instant présent, et que comme ma mission était d’accueillir tout ce qui vient, rien ne m’a posé problème. Je n’ai d’ailleurs aucun souvenir de la douleur, j’aurais voulu pouvoir l’expliquer. Par contre je me rappelle qu’à peu près à ce moment-là j’ai commencé à avoir vraiment très mal, et qu’il y a eu un stade où je n’en pouvais plus. J’ai alors demandé à Mathilde de m’examiner car je sentais que quelque chose n’allait pas. J’ai eu des envies de pousser, je crois l’avoir fait d’ailleurs, mais je sentais que ça n’avançait pas. Quand Mathilde m’annonce que je ne suis qu’à 4 cm, elle me dit en même temps qu’elle ne comprend pas, pour elle j’étais au bout et bébé était engagé. Je dois avouer qu’à ce moment-là, je suis sortie un peu de ma bulle. J’ai paniqué. Je me suis dit que je ne pourrai jamais aller plus loin que ça.

M : Je suis perplexe, Thaïs a, pour moi, monté sa montagne, vécu sa désespérance, poussé sauvagement et puissamment, Mathilde a enfilé ses gants et s’est approchée, comme pour recevoir bébé… Et non. Pas comme prévu. Ça veut pas. Le col est à 4cm seulement. Incompréhension de tous. Et face à l’inconnu, et mon impuissance, je m’en remets à l’expérience des sage femmes, mais elles ont l’air de s’inquiéter. Je scrute leurs expressions, et ça ne me dit rien qui vaille.

Je sens le stress me gagner, je ne peux rien faire que constater que Thaïs souffre maintenant hors du spa, et en continu. J’ai l’impression de n’avoir pas été là quand les sage-femmes ont demandé à Thaïs de sortir de l’eau. Comme si je m’étais déconnecté, pris par une angoisse immense. Je n’étais pas préparé à ça. Une contraction ça monte, puis ça redescend, merde. Ma femme souffre en continu là. Pas de break. Plus de chants, que des cris, et de la détresse. Je ferme les fenêtres, et les portes. Thaïs me demande de les fermer , j’ai anticipé, elle ne veut pas faire peur aux voisins, c’est dire à quel point elle me semble sortie de sa bulle.

T : Les sage-femmes m’ont suggéré de sortir de l’eau pour voir si on pouvait accélérer les choses, elles me demandent de m’allonger avec les fesses surélevées pour que la tête de bébé remonte un peu et n’appuie plus sur le col. Ainsi il serait moins sous pression et pourrait lâcher. En effet, je sens à plusieurs reprises du liquide couler. J’ai l’impression d’avoir une contraction continue. Je passe mon temps à me dire que dans 30 secondes c’est fini, comme si c’était un contraction. Je me rends bien compte qu’en fait ça ne s’arrête pas, mais la seule solution que je trouve pour tenir c’est de me dire encore et encore que ça va s’arrêter dans 10, 9, 8, 7… et encore… avec du recul je crois que je n’ai jamais autant souffert de toute ma vie qu’à ce moment-là. Les sage femmes me diront plus tard que ça a duré environ 2h.

M : En fait les sage femmes expliquent que bébé appuie en continu sur le col, qu’il se fait une grosse bosse au crâne à force de pousser. Que comme il n’y a plus de liquide en bas, il est en direct appuyé et que c’est genre le plus douloureux qui soit… Que bébé a eu 2 fois des ralentissements du rythme cardiaque… Que ce n’est plus physiologique comme situation et qu’il faut aller, pour plus de sécurité, à la maison de naissance, laquelle jouxtant l’hôpital, permet de parer à toute éventualité.

Allez hop, une petite chute de tension, je dois m’allonger. Je sens que le stress m’envahit, je dis aux sage femmes que j’ai besoin d’un peu de temps pour souffler avant de partir. Quelques respirations profondes me permettent de revenir et de préparer des affaires dans une certaine tension. Thaïs elle-même se déplace pour préparer un body pour bébé et enfiler une culotte et une robe… Je me sens terriblement inefficace. J’avais mis toute mon énergie sur Thaïs jusque là et n’étais pas allé aux toilettes, je me sens épuisé physiquement et moralement, j’ai soif, faim, et me rends compte à quel point je me suis oublié pensant qu’on était sur le sprint final, celui en fin de marathon… Notre préparation était au top pour le domicile et on avait négligé la préparation d’une valise en cas de transfert… Allez on y va pour un second marathon. Je réunis clefs, papiers, je ferme les portes, j’approche la voiture et j’observe que je suis traversé par de la peur, des vagues de peur que ça ne marche pas, que Thaïs meure, ou que bébé meure, ou les 2… Je reste au taquet laissant ça de côté, je dois conduire. Priorisation. Je prendrai le temps de pleurer et de décompresser le moment venu, mais il n’est pas encore temps. J’ai 3 min à rouler autant être pleinement dans ce que je fais… Mathilde nous suit. Roselène aussi. Mélanie, 3ème sage femme qui devait nous rejoindre à la maison, nous rejoindra finalement à la PHAM. Le trajet se passe bien, je sens Thaïs mieux, même si elle en chie toujours autant en fait, comme quoi tout dépend de l’espace qu’on donne…

T : Je crois que j’ai été soulagée, en tout cas une part de moi l’a été, à l’idée de me retrouver dans le même bâtiment qu’un hôpital. J’en pouvais tellement plus, cette douleur m’envahissait complètement, j’appellerais ça même de la souffrance. Alors savoir que si vraiment j’en venais à craquer ils pourraient me soulager ou sortir mon bébé de mon ventre était sécurisant pour moi. Mais je n’avais pas envie de lâcher, je me souviens m’être dit dans la voiture : « lâche pas ton bébé ! Reste avec lui ! Tant qu’il tient, tu tiens ! » Le trajet n’était pas confortable, loin de là, 3 minutes c’était déjà bien assez. Je me rappelle avoir vu une dame m’observer sortir de la voiture devant la maison de naissance, dans ma robe sans soutien gorge, et ma démarche de pingouin qui a un œuf dans le cul, pardonnez moi l’expression. J’ai eu une seconde de gêne, et c’est passé comme c’est venu. J’ai enfin trouvé du soulagement quand les sage femmes m’ont proposé d’aller sous la douche chaude et qu’elles me faisaient passer le jet sur mon dos. A ce moment là je leur en ai voulu, beaucoup voulu de m’avoir sorti de l’eau chez moi, constatant à quel point ça me faisait du bien en fait. Moi qui à la base n’aime pas l’eau, cette grossesse m’a fait changer d’avis… à croire que mon fils aime ça.

M : Je suis de nouveau recentré, je dépose et j’accompagne Thaïs dans la PHAM et je retourne garer la voiture, juste à ce moment là une place se libère juste devant l’entrée. Tant mieux. Heureux hasard ! Je peux retourner d’autant plus vite auprès de ma blonde. Elle galère à essayer des positions pour faire remonter bébé et soulager ses douleurs, toujours d’une rare intensité. J’en oublie de nouveau toutes notions de soif, de faim et de fatigue. La douche soulageant un peu je m’y attelle au mieux et reste présent, aimant et attentionné, non sans avoir fait une pause, 4 dans une salle de bains c’était pas mal déjà et j’en profite un peu. Et puis c’est touchant de voir tout le monde à moitié mouillé, priorité Thaïs. Normalement j’aurais du avoir moi aussi droit à mes temps de pause entre chaque contraction, merde. Mais bon c’est pas moi le plus mal loti aujourd’hui donc je prends sur moi. Encore. Trop sans doute, je ne sais pas, je puise dans des réserves insoupçonnées. J’ai toujours un masque (changé, merci Mathilde) et de la fièvre, j’ai une haleine putride que je respire en continu, et je transpire là-dessous… ça me provoque de la colère, laquelle une fois ressentie me donne de la force de continuer, d’avancer, de rester présent.

T : Je crois que c’est à ce moment-là que la troisième sage-femme, Mélanie, arrive. Elle a des grands yeux gentils et elle me fait de l’hypnose, ça m’aide vraiment beaucoup à retourner dans mon corps, dans mes sensations, et à rester branchée là-dessus. Je ne sais pas combien de temps durent les choses mais j’ai l’impression que pendant plusieurs heures je suis restée debout, pliée en deux, les bras et la tête reposant sur un ballon surélevé avec des gens qui me faisaient couler de l’eau chaude dans le dos. Je me souviens que c’est le fait que l’eau se déplaçait constamment qui m’a permis de la suivre, et donc d’oublier par instants la douleur. À un moment, il me semble que toutes les sage femmes sont sorties, et j’ai demandé à Mathieu de faire comme Mélanie, et de me parler.

M : Le jet de la douche visite le corps de Thaïs, et ça, en soi c’est hyper exigeant à faire et méditatif. Elle me demande d’en plus lui parler, comme le faisait Mélanie, mais… je ne suis pas Mélanie. Du coup ma voix n’est pas aussi douce, mon visage masqué est bien peu expressif, et je vais trop vite. Je ralentis mais Thaïs me demande encore de ralentir… Ce jusqu’à ce que je ne dise qu’une lettre toutes les 5 secondes environ, mais toujours pas assez bien… ça plus la douche, et Thaïs qui s’appuie sur moi, je commence à me dire que je vais pas tenir longtemps… Un téléphone vibre sur l’évier à côté. J’aimerais être sur une plage, allongé avec un bon cocktail. Du coup ma voix n’est plus très sophrologique, Thaïs recommence à être en souffrance et s’appuie de plus en plus sur moi. Les sage femmes reviennent, elles tentent de remplir la piscine car l’évacuation de la douche sature. Elles proposent à Thaïs jus de pommes, coca, et là je vois Thaïs à fond pour un coca ! Ouah elle qui n’aime pas ça, et n’en boit jamais, là vu le sucre qu’il y a dedans ben oui je comprends qu’elle prenne un petit shoot… Elle en a bien besoin. Heureusement qu’elle peut se nourrir et s’hydrater, cela était impossible / interrrrrrrdit lors des accouchements de mes 2 premiers enfants… Thaïs essaie du coup mille positions dans la salle, sur le lit, pattes en l’air, sur le magnifique siège d’accouchement en bois, sur le sol… Le début du Kama sutra de l’accouchement. On passera cette soirée là en revue toutes les positions existantes et plus encore, Thaïs est très créative.

T : Je n’ai plus en tête l’ordre des événements, tout est un peu flou, mais je me rappelle de certains moments. Surtout à partir du moment où les sage femmes sont revenues d’une pause (brainstorming et collation je suppose) et où elles m’ont rappelé que j’avais subi une conisation, et que selon elles c’est pour ça que mon col ne pouvait pas lâcher, qu’il avait été blessé, avait une cicatrice et qu’il ne savait pas comment faire. Elles m’ont proposé de m’aider à chasser le dernier bourrelet de col, car j’étais bien à 9, mais avec un gros bourrelet bien épais qui empêchait la tête de passer. Je me suis remis dans une position sur le dos pour que la tête de mon bébé appuie moins, elles m’ont dit qu’elles la sentaient. Mathilde m’a aidé avec ses doigts et m’a dit quand pousser pour que la tête puisse passer. Le col s’ouvrait, mais se refermait de suite. Cela plusieurs fois de suite, c’était désespérant et très très douloureux. Roselène il me semble a suggéré de faire de l’ostéopathie sur le col, et en plus j’ai parlé avec mon corps, je ne sais plus ce que je lui ai raconté. Quoiqu’il en soit la tête a fini par passer après de nombreuses tentatives et maints massages de col.

M : Le col de Thaïs est meurtri et blessé, j’intègre cette information et j’amène autant de conscience et de cœur possible dans la réparation de cette blessure, le corps a une mémoire et là il ne veut plus s’ouvrir. Seuls les efforts conjugués de tous permettent, avec une immense douceur, un accueil incroyable et comme un immense bain d’amour, à ce col de se laisser s’ouvrir en douceur. Pour ma part, ce sont surtout des moments où Thaïs me laissait un peu de répit car ne s’appuyant plus sur moi, à mon cou ou autre, où voyant ce cocon aimant des trois sage femmes autour de Thaïs, j’en appelais à d’autres puissances, de l’aide extérieure, du ciel et de la terre, des ancêtres et des lignées de femmes. J’étais connecté à mon cœur profondément à une source d’amour infinie, et envoyais tout ce que je pouvais à ce col, via Thaïs, et à mon fils pour qu’il continue à tenir le coup dans la durée, car le passage du col, en haut de la montagne, n’est pas encore la fin…

T : Tellement d’amour… Je me souviens seulement d’avoir été baignée d’amour de ces sages femmes avec des yeux pétillants, et un cœur énorme, de Mathieu avec ses yeux remplis d’amour (je ne voyais que ça mais c’était puissant), et de m’être sentie profondément aimée, respectée, honorée, choyée. Je pense qu’il fallait au moins ça pour me permettre d’ouvrir mon cœur très grand pour me brancher très haut.

M : Thaïs, dans ces espaces étranges et inconnus, émettait des sons très très graves, des chants qui sonnaient amérindiens, comme des appels aux forces de la nature, des danses de la pluie et du soleil d’une puissance incroyable, comme si sa voix faisait remonter le cœur de la terre à la surface pour qu’il vienne aider de sa puissance. Je suis tellement touché et reconnaissant que nous ayons eu la chance d’être dans l’environnement de la maison de naissance, si bien entourés et enveloppés par des personnes disponibles, aimantes et extrêmement compétentes. Notre situation en milieu hospitalier aurait viré rapidement à une hyper médicalisation, j’aurais été exclu du fait de mon strepto… Ouaaaah, merci, merci, merci…

T : tout le temps de la poussée est pour moi flou, je pense que je ne poussais pas forcément efficacement, et avec du recul je me rends compte qu’il me manquait une info importante : dans ma préparation j’avais lu et relu qu’il fallait attendre le réflexe d’éjection, lorsque le corps pousse de lui-même, et qu’il ne fallait surtout pas forcer au risque d’abîmer le périnée. Durant de longs moments j’ai donc tenté de souffler plus que de pousser. Après 1 h environ je n’en pouvais vraiment plus. Il y avait une écharpe de portage accrochée à la porte, Mathieu était assis sur le lit derrière moi, je me levais, enroulais mes poignets dans l’écharpe, me soulevais complètement, et posais mes pieds à plat sur la porte. Ainsi suspendue je trouvais assez de force pour pousser vraiment. J’ai senti 2 passages différents : premièrement l’impression que j’allais me chier dessus, ou que mon enfant allait sortir par mon anus (de fait j’ai fait une mini crotte , mais je ne me suis pas sentie gênée et Mathilde l’a fait disparaître ni vu ni connu). C’est ce premier passage qui m’a demandé beaucoup d’efforts, je sentais la tête de mon enfant coincée entre mes ischions et je n’aurais jamais cru qu’il faudrait pousser aussi fort, vraiment comme pour faire un très, mais très gros caca genre boule de bowling.

Le deuxième passage est complètement différent, une fois la tête passée les os du bassin, Mathilde m’a très judicieusement montré ma vulve à l’aide d’un miroir. Cela m’a recentré immédiatement, j’ai lâché l’écharpe de portage, me suis accroupie, et ai mis mes mais sur ma vulve, et regardant sa tête dans le miroir, me suis exclamé « oh mais c’est tout petit, ça va le faire ! ». J’ai donc soufflé tout doucement et pris vraiment le temps d’écarter avec mes mains délicatement les tissus. La tête de mon fils est venue s’étirer dans ma main, cm par cm. Je l’ai accompagné tout du long j’ai senti le moment où ma peau a craqué, un petit crac, et du coup j’ai continué tout en douceur en soufflant. La tête sortie, le corps a suivi, a glissé hors de moi et j’ai attrapé mon fils, je l’ai regardé, et me suis exclamé « on dirait trop Raphaël ! », puis je l’ai pris contre mon cœur. Je me suis surprise à penser que je ne ressentais pas une vague d’émotion de fou, ni des larmes monter. Je pense que j’étais encore vigilante de la suite. Par contre je pense avoir passé bien 1h à observer mon enfant et à le trouver mais tellement beau ! Je regardais son père, enfin, ses yeux, et j’ai ressenti beaucoup d’amour et du soulagement.

M : Si l’ouverture du col était une aventure, un double marathon, en mode trail, la poussée était elle sauvagement harassante pour moi. J’étais épuisé, par la maladie et la journée incroyablement intense qui a défilé sans que je voie le temps passer. Environ 21h, et Thaïs est au taquet. Elle puise son énergie de je ne sais où, et je sens que je me connecte à elle, et mets toutes mes forces et toute ma présence avec elle dans la bataille. Je passe un moment qui me semble ne pas cesser, elle tour à tour assise sur mes genoux et se tenant à l’écharpe et les pieds en l’air contre la porte, je pense presque lâcher à maintes reprises tant l’effort est intense mais à chaque fois qu je m’apprête à dire aux sage femmes que je n’en peux plus, je puise dans des ressources insoupçonnées, en écho à Thaïs. Je pense à un moment que je n’ai pas pissé de la journée. Trop tard, on est sur le dernier sprint. J’imagine monter l’Everest et sprinter les derniers 500m… Je suis impressionné par la puissance et la force qui se dégage de ma femme, et me dis qu’avec tout ce qu’elle donne aujourd’hui, voilà un très bon démarrage pour le lien mère-fils… Elle pousse tant que je vois devant mes yeux son bassin en mouvement et l’intérieur de son anus qui sort, tel un petit chou fleur. Ok tout va bien, elle est sur la fin ! Je scrute de temps en temps les sage femmes, vigilant aux signes qu’elles se font, on communique beaucoup aussi, j’essaie de rassurer Roselène, qui malgré ses 50 ans d’expérience semble penser depuis plusieurs heures que Thaïs va abandonner parce que c’est vraiment hyper confrontant, intense, long et douloureux. Quel courage, quelle persévérance, quelle détermination ! Elle reste avec notre enfant, consciente et pleinement présente, jusqu’au bout !Je suis fier de ma femme, fier de mon fils qui tient le coup, son rythme est toujours nickel à chaque fois que les sage femmes prennent son pouls. Je sens qu’on arrive à la fin, je vois à un moment avec Mathilde un bout de la tête de mon fils au fond du vagin de Thaïs. Elle fait tout toute seule désormais. Elle est première de cordée. Une échappée en solo et en duo avec notre fils pour les dernières poussées, où la vigilance des sage femmes autour est palpable et en même temps très discrète. Moi même je sens déjà l’émotion monter de la naissance, mes yeux sont déjà embués, et mes larmes de joie commencent à couler à flots, à mesure que la tête de bébé progresse vers la sortie, enveloppée des mains accueillantes de Thaïs… Je ne peux m’essuyer, ni mes yeux ni ma sueur, car ne voulant pas contaminer mes amours de mes miasmes, et reste en retrait et en vigilance, observant la beauté magique de cette scène. Thaïs maîtrise à merveille, ne se presse pas, ne force pas plus que nécessaire. Je lui glisse néanmoins qu’elle peut y aller en douceur, prendre tout le temps dont elle a besoin, que je l’aime et que je suis là… Bébé sort, elle l’attrape et le remonte contre son cœur, je vois les sage femmes s’agiter en raison la présence de méconium à la sortie, elles aspirent l’intérieur de la bouche de bébé et son nez, et réalisent ces gestes techniques avec une dextérité, une rapidité et une précision incroyable, tout en respectant notre espace. Thaïs n’a aucun souvenir de ces gestes, c’est dire. Thaïs est comme hors du temps, semble ne pas encore réaliser, elle regarde bébé et l’accueille, tout comme moi, qui avec ses pleurs exprime ce que nous pensons être ses émotions liées à son effort immense et sa traversée à lui, et nous accueillons cela avec tout notre cœur, l’enveloppant de paroles empathiques, rassurantes et aimantes. Bienvenue petit loup ! Il est 22h26 et tout le monde est ok, bébé va vraiment bien et il est beau comme un cœur, nous regarde déjà avec ses grandes billes curieuses. L’accouchement n’est pas terminé et je reste encore vigilant tant que le placenta n’est pas sorti entièrement…

T : Les sage femmes ont commencé à s’inquiéter, le placenta ne sortait pas après plus d’une heure et je saignais beaucoup. Elles ont appuyé un peu sur mon ventre, toujours en me demandant au préalable, mais c’était très douloureux. Je sentais des vagues de sang sortir de moi, comme une sensation de chute d’eau, et ça a commencé à m’inquiéter. En même temps, une autre part de moi, probablement super shootée aux hormones, était très zen. Au bout d’un moment j’ai senti quelque chose qui voulait sortir, je me suis accroupie, j’ai poussé et un tas sanguinolent assez gros s’est déversé sur une alèse. J’ai demandé si c’était mon placenta, je l’ai touché avec mes mains, et ai pris peur quand j’ai remarqué que ce n’était pas un placenta mais des énormes caillots de sang coagulés. Là, Mathilde m’a regardé et je ne sais plus ce qu’elle m’a dit, mais j’ai compris qu’il fallait qu’on monte à l’hôpital, que je perdais trop de sang et qu’elle préférait éviter tout risque.

M : Roselène est restée jusqu’à la naissance, mais a du partir vite après. Déjà super chouette qu’elle reste jusque là ! Son horaire finissait à 16h en théorie… L’investissement du cœur des sage femmes me touche profondément, je sais qu’elles sont clairement sous-payées… Mathilde me propose de couper le cordon, je lui demande si il est vidé, et oui, bébé l’a déjà vidé, elle nous montre il est tout blanc. Je m’y emploie gauchement, bébé bouge beaucoup à côté et il a comme moi quand j’étais bébé un cordon court, ce n’est pas simple et je galère à couper, je m’y reprends plusieurs fois. 6 ans plus tôt pour ma fille, 3 étages plus haut, les sage femmes de l’hôpital avaient coupé le cordon à ma place, alors que j’avais dit que je voulais le faire… Là j’ai coupé le cordon tellement de fois que j’ai rattrapé tout ce que je n’avais pas coupé avant. Je me suis senti responsable avec cet acte, de ce petit d’homme et en même temps la sensation de séparer bébé de sa maman, comme un acte presque violent. Comme une préparation à mon rôle de père où mes choix pour le bien de ma femme et mon fils ne seront pas toujours les plus agréables, pour leur bien… Responsabilité…

Dans cette période calme de rencontre, j’étais autant dans de la joie et du bonheur que dans la vigilance et l’appréhension, la peur de perdre ma femme, après le soulagement de voir mon fils en bonne santé. En effet elle perdait beaucoup de sang, et le placenta semblait s’être décollé à moitié seulement. J’ai senti des sueurs froides, et ai eu une pensée de gratitude pour la maison de naissance, accolée à l’hôpital pour pallier à toute urgence. Une pensée de gratitude également pour Mathilde, qui n’a pris aucun risque. Beaucoup de stress et d’angoisse, le départ précipité avec bébé tout frais sorti, et Thaïs en fauteuil roulant serrant bébé contre elle… La déambulation rapide dans les locaux techniques immenses et déserts du sous-sol de l’hôpital, et ses innombrables portes coupe-feu à ouvrir pour laisser passer le fauteuil, l’ascenseur froid et sa voix mécanique, et l’arrivée au secteur obstétrique où 6 ans plus tôt j’avais vu naître ma fille… Thaïs est présente, pas livide, et fait la conversation et a de l’humour… Moi je suis rassuré de monter pour éviter tout risque en cas de prolongement de l’hémorragie, et en même temps j’appréhende sérieusement les protocoles délicieux de l’hôpital… Je n’ai pas pensé à reprendre du coca ou du jus pour Thaïs, je m’en voudrai sérieusement plus tard.

T : On m’invite à me mettre sur un fauteuil roulant, j’ai mon bébé dans les bras, je suis complètement ailleurs et en même temps complètement là. C’est étrange, je fais la conversation, comme si de rien n’était et en même temps je suis complètement avec mon bébé et me sens comme une louve, super protectrice. Qu’est-ce qu’il est beau ! ! ! On arrive à l’hôpital et je sens que je dois être gentille avec tout le monde pour pas qu’ils nous embêtent. Alors j’use de toutes mes capacités de diplomatie, il paraît même que j’en fais un peu trop, et que je raconte des trucs que je ne devrais pas leur dire car je les inquiète ce qui n’est pas le but. Mon placenta est sorti quand je me suis levée du fauteuil en arrivant, et le flot de sang s’est tari.

M : Sur-chaussons bleus sexy en rentrant, et mon masque toujours bien posé. Je suis rassuré que nos sage femmes restent avec nous, en fait cela me semble juste naturel. Elles me permettent de ne pas me braquer, je sens monter en moi des vents de révolte face aux protocoles, si j’avais été seul avec Thaïs et bébé j’aurais sans doute eu moins de patience et de diplomatie. Je suis rassuré aussi que Thaïs soit de mon point de vue hors de danger car ne saigne plus, et pour moi la raison voudrait qu’elle boive, mange, récupère, se repose… Le corps médical parle de révision utérine, ils pèsent les alèses montées par nos sage femmes, verdict 1 litre de sang perdu environ. J’entends Mathilde négocier avec eux. Je me sens tellement soutenu. Thaïs nous met en tension en racontant que ma fille a été malade, que mon fils aussi, bref que nous sommes des microbes ambulants… A quel prix, elle est à deux doigts de dire qu’on ne veut pas de vaccins, et je sens le stress du médecin augmenter, et nos possibilités de sortie en douceur s’amoindrir. Mathilde, Mélanie et moi lui intimons de se taire… J’ai hâte qu’on nous apporte les documents à signer pour la sortie, le temps me semble long et Thaïs ne doit toujours pas ni boire ni manger… Pour les médecins protocole, pour moi mise en danger, je vois Thaïs s’affaiblir rapidement… Une sage femme appuie sur le ventre de Thaïs pour vérifier auprès du médecin que ça ne coule presque plus. Elle lui fait mal, j’ai envie de la frapper. Thaïs lui attrape le bras… Notre bébé tête déjà goulûment, pompant dans les faibles réserves de ma belle déshydratée… Enfin les papiers sont signés, enfin nous rentrons à la PHAM, soulagement. Nous nous en sortons avec un prélèvement vaginal pour vérifier le strepto (on n’aura les résultats 2 mois plus tard), et dans la gorge lequel est sorti négatif.

T : J’ai faiiiiiiiiiiiiim ! ! ! Laissez-moi partir ! Il est trop beauuuu ! ! !

M : Je donne à boire à Thaïs, coca, jus, elle avale comme si elle avait traversé un désert. Elle mange un peu. La pression redescend, je ne suis plus bon à rien, je me laisse porter, me pose sur le lit, Mathilde a encore à gérer des masses de papiers. Elle repasse un moment plus tard pour demander le prénom de notre bébé, on se regarde, et on lui confirme : Liam ! Vers 7h, départ de la PHAM, je me sens mal de laisser la salle à ranger… futile préoccupation, je nage dans le bonheur !

T : Mathieu s’endort rapidement. Liam est entre nous, et malgré ma fatigue intense je passe pas mal de temps à le regarder avec amour, à découvrir son visage, ses petits doigts, ses poils aux oreilles… Je n’y crois pas, c’est nous qui avons fait ça ? Il est vraiment sorti de moi ? Je me sens fière, comme une louve je protège mon petit et son père qui est malade. Je me suis sans doute assoupie car j’entends une femme arriver dans la salle à côté et j’entends son bébé crier assez rapidement. Mélanie passe plus tard chercher quelque chose et je crois que je lui ai dit : « comment ça elle a déjà accouché, c’est trop injuste ! ! ! » Je saurai au matin que c’était une autre maman du yoga qui a mis au monde son bébé cette nuit là, en la croisant à la sortie.

M : Immense gratitude pour la vie, pour les sage-femmes, pour la PHAM, pour ma femme… Retour à la maison, qui est telle qu’on l’avait laissée précipitamment. Bonheur de rentrer si vite. Mes grands vont arriver bientôt, je m’affaire pour ranger un minimum, et je m’occupe tant bien que mal de ma belle et de mon fils. Bienvenue petit loup !

T : Je sens bien encore l’effet des hormones qui me tiennent éveillée, je suis très heureuse de rentrer et je me sens chanceuse d’avoir mon homme près de moi si bienveillant. Je découvre l’allaitement en même temps que je découvre mon fils et je suis épuisée. Pendant plusieurs jours je resterai en flottement entre deux mondes, comme éberluée d’avoir traversé cette étape tant attendue pendant neuf mois voire bien plus encore. À présent je suis maman, nous sommes une famille, et ça c’est de l’amour pour toute la vie. Je sens que d’avoir mis cet enfant au monde par moi-même me donne de la force et un sentiment de compétence qui va m’aider par la suite. Le moment le plus fort pour moi restera celui de la sortie de la tête de Liam dans mes mains, millimètre par millimètre. Comme un accueil en douceur après la traversée du désert.

M : Mes grands arrivent peu de temps après ma mère et mon beau-père que j’ai appelés à la rescousse pour les gérer la journée. Raphaël est tellement pressé qu’il ne veut pas se laver les mains, Elyn doit porter un masque comme moi dans le doute en attendant son rdv chez le doc prévu l’après midi. Ça la refroidit, elle est intimidée mais finalement très heureuse d’aller à la rencontre de son petit frère. Elle nous demandera au déjeuner si elle est la fille de Thaïs maintenant que Liam est né, ce à quoi nous la rassurons bien évidemment de l’inaltérabilité du lien d’avec sa propre mère. Je fais ce que je peux pour rassurer mes enfants qu’ils ont toujours leur père présent pour eux, et en même temps présent pour Thaïs et Liam. J’ai hâte cependant qu’on se retrouve à trois en petit cocon pour une rencontre plus intime avec ma femme et mon nouveau né.

Liam a maintenant presque 3 mois, il se porte à merveille, est très tonique, éveillé, communiquant, souriant… Du bonheur !

Thaïs a très bien récupéré.

Encore une fois immense gratitude pour l’accompagnement global de la PHAM, prénatal, accouchement, postnatal…

Gratitude d’avoir eu le choix, grâce à Mathilde de prévoir d’accoucher à la maison, de pouvoir ensuite rester dans de la physiologie à la PHAM, et de disposer de l’hôpital à proximité. Le tout en parfaite sécurité.

Notre soutien à la maison de naissance est total, avec l’espoir que pour toutes les mères, tous les pères, et leurs enfants à venir, ces choix puissent être disponibles.

Je confirme en toute objectivité que Liam et très beau! Et un grand merci à ces deux parents qui se sont engagés pour les Maisons de Naissance en France

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