Accoucher en Maison de Naissance en France

Informations & Témoignages autour de l'expérimentation des accouchements en Maisons de Naissances en France.

Réparer un premier accouchement

Je m’appelle Elodie, j’ai 35 ans. Je suis maman de deux petites filles, Taina (3 ans et demi) et Hinareva (2 mois). J’ai accouché le 8 octobre 2018 à la maison de naissance PHAM.

réparer un accouchement

Mon premier accouchement a été un véritable calvaire. Je crois qu’il n’y a pas d’autre mot pour décrire ce que j’ai ressenti. Je ne me suis sentie ni écoutée, ni accompagnée, de mon arrivée à la maternité jusqu’à mon retour à la maison.
Quand j’ai appris que j’étais enceinte il y a quatre ans, j’étais folle de joie. Et comme toutes les mamans, je voulais ce qu’il y a de mieux pour mon enfant et pour moi-même. J’ai donc logiquement choisi une des maternités lyonnaises les plus réputées, de niveau 3 pour plus de sécurité, et me suis empressée de faire mon inscription. Beaucoup de personnes de mon entourage me l’avaient conseillée, j’étais donc sûre de moi et trop fière d’avoir pu m’y inscrire. À aucun moment je n’ai imaginé que cela serait une véritable catastrophe. Avec mon mari, nous avions choisi de faire de l’haptonomie, doublée avec une préparation « classique ».

Les sages-femmes étaient rassurantes, elles nous sentaient prêts, nous aussi.
Lorsque nous sommes arrivés à la maternité en cette nuit de pleine lune, la sage-femme qui nous a accueillis nous a immédiatement emmenés en salle d’attente en nous précisant qu’il y avait beaucoup de monde ce soir et qu’elle ne pouvait donc pas s’occuper de nous tout de suite. Elle a fini par revenir me chercher pour m’ausculter. Mon col était dilaté à 3. Elle m’a dit « c’est bon, le travail a commencé, je vais vous installer en salle d’accouchement. Vous voulez une péridurale ? ». C’était mon premier accouchement, les contractions étaient supportables, mais je savais que cela allait s’intensifier. J’avais peur de souffrir alors j’ai dit : « je ne sais pas trop, oui c’est mieux je pense ». Elle m’a répondu que l’anesthésiste était dispo et qu’il fallait en profiter car après il pourra ne plus être disponible au moment voulu. En me branchant les monito, elle me dit : « Eh bien, vous n’êtes pas douillette, vous venez d’avoir deux contractions et vous n’avez pas bougé. Allez, je vais chercher l’anesthésiste ». Dites, rien ne vous choque dans cette phrase ? N’aurait-elle pas dû me conseiller d’attendre ? Bref, je reçois ma péridurale et j’attends sagement. Je ne ressens plus rien et le temps passe. La sage-femme revient m’ausculter. Elle me dit que le travail n’avance pas assez vite et qu’on ne peut pas attendre (hé oui, il faut faire de la place. Je vous rappelle que c’est une nuit de pleine lune et que la maternité est…pleine;-)). Elle me dit qu’elle va percer la poche des eaux pour accélérer le travail. Cela fait à peine 4 heures que je suis là et elle ne me demande pas mon avis, elle fait ce qu’elle estime devoir faire. Son action est efficace puisqu’en 1 heure j’arrive à dilatation complète. Je ressens alors de violentes douleurs dans le périnée malgré ma super péridurale. La sage-femme arrive et me dit « ah non faut pas pousser, je suis en train d’accoucher quelqu’un d’autre ». Elle rappelle l’anesthésiste. La péridurale fait bien de l’effet sur tout le haut de mon corps… mais pas sur le périnée. Il me donne donc un nouvel antidouleur. Je ne sens plus rien et n’ai donc plus envie de pousser. Oui mais le problème c’est que je n’ai plus envie de rien, plus de force et que je m’évanouis. Vous connaissez l’expression avoir 2 de tension ? Eh bien je comprends d’où elle vient à présent car j’étais à 6 de tension. Je ne savais même pas que c’était possible. La sage-femme finit par revenir. Elle rappelle l’anesthésiste et lui dit qu’il va falloir me donner un petit remontant à présent car maintenant elle est disponible pour me faire accoucher. Je ne sais pas ce qu’il m’injecte, mais cela n’a pas l’effet escompté. Au final, je suis complètement droguée, je pousse une fois, deux fois et je m’évanouis. Impossible de faire mieux. Au bout d’une heure et malgré mes efforts, elle me dit qu’elle va appeler l’interne pour utiliser la ventouse. La déception se lit sur mon visage. L’interne arrive mais pas seule. À partir de ce moment-là, je n’ai que de vagues souvenirs de ce qui s’est passé, mais je sais que mon mari n’était pas rassuré. On lui a demandé de rester prêt de ma tête, sans rien lui expliquer. Il s’est rassuré comme il a pu en se disant que tant qu’il était dans la pièce c’est que tout allait bien.
J’entends l’interne parler de forceps et non de ventouse. Et puis finalement, on me pose mon petit bébé sur le ventre, pendant 2 minutes, juste le temps de découvrir qu’il s’agit d’une petite fille (nous ne voulions pas connaître le sexe avant la naissance). On me l’enlève rapidement et l’interne me dit : « ne bougez pas, je vous recouds l’épisiotomie ». La quoi ??? Comment ça une épisiotomie ?! Elle me répond d’une évidence : « oui madame, si on utilise les forceps, on fait forcément une épisiotomie ». Et bien… ravie de l’apprendre ! Me voilà donc avec une magnifique suture en surjet que tous ses collègues admirent. J’ai mal, mais on s’en fiche car vraiment, elle est belle cette suture ! Hé oui, n’oublions pas qu’il s’agit d’un hôpital universitaire très réputé. On se croirait dans Grey’s Anatomy.
La suite n’a pas été plus réjouissante. Je souhaitais allaiter. La sage-femme m’a posé mon bébé dans les bras, elle a tiré sur mon sein et lui a collé violemment dans la bouche. Moi qui avait lu qu’il fallait laisser bébé faire tout seul…je me suis dit, c’est elle qui a l’expérience, elle sait ce qu’elle fait. Moi je n’y connais rien et puis je suis trop fatiguée pour dire quoi que soit.
On finit par me monter dans ma chambre. Il est 9h du matin. Nous étions arrivés à minuit, bébé est né vers 6h. Tout s’est passé vite finalement. Je ne verrai plus personne jusqu’à 22h. Ah si, dans la journée une puéricultrice est passée pour prendre ma fille, l’emmener faire sa toilette (cela ne se fait pas en chambre) et l’habiller.


À 22h, alors que j’essaie de me reposer un peu, la sage-femme de nuit arrive. Elle m’engueule parce que j’ai laissé dormir ma fille pendant 5 heures. Elle me dit que je dois la réveiller. Elle me voit galérer car j’ai mal à cause de l’épisio et elle me dit que quand même je suis vraiment douillette et je ne fais pas d’effort. Je me sens humiliée et j’ai envie de pleurer. Je prends sur moi et lui demande de l’aide pour la mise au sein car je veux m’assurer que tout va bien. Je me suis débrouillée seule toute la journée, alors c’est le moment de savoir si j’ai bien fait. Et là rebelote, elle tire sur mon sein et le fourre dans la bouche de bébé. Bon eh bien je verrai plus tard pour les positions alors. Puis la puéricultrice passe pour me montrer comment changer une couche (elle est mignonne…comme si je n’avais pas changé ma fille de la journée!) et comment faire le soin de cordon (sérieusement ? À 23h alors que je n’ai pas dormi la nuit d’avant??!). J’ai de nouveau droit à une leçon de morale car je n’arrive pas à me lever et que quand même, c’est pour m’aider qu’elle est là car elle, elle sait déjà faire.
Le lendemain, au moment du bain, j’en profite pour demander des conseils sur les positions d’allaitement. Je m’attendais à ce qu’on vienne dans ma chambre prendre le temps de me montrer. Je suis très naïve. C’est la puéricultrice qui me répond et m’indique toutes les postions en me les mimant rapidement. Je ne sais plus quoi dire… Ce sera comme ça jusqu’à ma sortie.
Sur ces 4 jours, seule une sage-femme m’a remonté le moral, a pris le temps d’écouter mes angoisses et de s’occuper de moi. Elle s’est aperçue que mes seins étaient crevassés et a tout fait pour me soutenir et que je n’arrête pas l’allaitement.
En rentrant chez moi, je me suis effondrée. Je n’avais plus la force d’allaiter, j’avais le moral au plus bas. Je me suis demandé pourquoi j’avais fait un enfant alors que je n’étais pas capable de m’en occuper. J’ai immédiatement contacté ma sage-femme de proximité, celle qui m’avait suivie pendant ma grossesse. Elle a été formidable. Elle est venue à la maison, m’a rassurée, m’a conseillée. Elle a pris le temps de me remontrer les positions pour l’allaitement, de me conseiller pour les crevasses, de me conseiller pour bébé, pour ses soins, …Elle s’est montrée disponible et bienveillante. À partir de là, je me suis dit que plus jamais je ne revivrais ça.

J’ai laissé le temps passer. Quand j’ai appris que j’étais de nouveau enceinte, j’ai cherché les différentes structures pour accoucher. Je ne sais plus comment, j’ai découvert les maisons de naissance. J’ai farfouillé pour me renseigner et je me suis dit que c’était ça que je voulais. Après mon expérience, je ne voulais plus entendre parler de péridurale et je n’avais pas de sage-femme qui accouche en plateau technique à proximité de chez moi. Je voulais fuir les « gros hôpitaux réputés », alors c’était parfait pour moi. Malheureusement, j’ai fait une fausse couche. Mais j’ai gardé cette idée dans un coin de ma tête et j’ai pris le temps de me renseigner sur les maisons de naissance. Quand je suis de nouveau tombée enceinte, je n’ai pas hésité une seule seconde. Accoucher en maison de naissance était devenue une évidence pour moi mais aussi pour mon mari. Nous avons fait connaissance avec Nathalie et Laurine. Elles sont rigolotes et maternantes. C’est exactement ce qu’il me fallait. Tout au long de la grossesse, elles se montrent rassurantes. Elles sont à l’écoute de mes angoisses et restent honnêtes avec moi. Je sais que je vais souffrir mais j’y suis prête et je me dis que ça ne peut pas être pire que la première fois. La proximité de la maison de naissance avec la maternité me rassure, le récit de leurs expériences aussi.


Le huitième mois arrive et c’est le moment du RDV obligatoire avec l’anesthésiste. Aucune envie d’y aller. C’est une femme, je me dis qu’elle va comprendre. Elle me demande comment ça s’est passé la première fois. « Mal, et il n’y aura pas de deuxième fois ». Elle est étonnée et me dit que ce n’est pas à cause de la péridurale que l’accouchement se passe mal, au contraire. Je lui raconte mon expérience. Elle ne sait plus quoi dire. « Vous savez, les péridurales c’est comme les accouchements, y en n’a pas deux pareils ». Ok, si vous le dites. N’empêche, moi j’en veux pas de votre péridurale. Elle ne me comprend pas et essaie de me convaincre, elle pense que je changerai d’avis le jour J car la douleur sera insupportable. Mais enfin c’est quoi son problème ? Pourquoi veut-elle absolument m’injecter un produit dans le corps ?!
La dernière écho arrive, l’angoisse monte. Je fais du diabète gestationnel. Je pense maîtriser, je n’ai pas besoin d’insuline car mes dextro sont plutôt bonnes. Bébé est en haut des courbes. L’échographie prévoit un bébé d’environ 4 kg. Oh my god, mais comment est-ce possible ? Je fais super attention. Je commence à douter. J’ai peur de me faire exclure de la maison de naissance car le bébé sera trop gros, peur aussi de ne pas arriver à le sortir tout simplement. Laurine me rassure et me rappelle qu’on m’avait aussi prédit un gros bébé la première fois (elle ne faisait que 2,9 kg). Elle me dit aussi qu’on fait les bébés qu’on peut faire et me demande de faire confiance à mon corps, de me faire confiance.
Et puis le jour J arrive. Les contractions arrivent dans la soirée. Vers minuit, je me permets d’alerter Nathalie par message. Elle me rassure, me conseille de prendre un bain mais reste en alerte et disponible pour mes questions. Le travail semble bien avancer. On se retrouve à la maison de naissance vers 4h. Nathalie nous accueille et s’installe tranquillement. Elle prépare tout et elle m’observe. Elle me dit que cela devrait aller assez vite. Elle sait que j’aimerais accoucher dans l’eau alors elle prépare la baignoire. En attendant qu’elle se remplisse, je teste le ballon. Elle me dit qu’elle va prévenir sa collègue car bébé va vite arriver. Je rentre dans la baignoire, ça fait du bien. La douleur s’intensifie. J’entends Roselène (la sage-femme 2) arriver, mais je reste dans ma bulle. Le temps passe, mais rien ne change, sauf la douleur. Je me demande ce que je fais là. Mais pourquoi je ne l’ai pas pris cette p… de péridurale ! J’entends les douces voix de Nathalie et Roselène, je sens les caresses de mon mari sur mon visage. Roselène lui dit que je suis belle. Je me détends entre les contractions et je me rappelle pourquoi j’ai fait ce choix. Je me retourne plusieurs fois dans la baignoire, je m’accroche à mon mari, Nathalie me demande si je sens comment je dois pousser. Mais non. J’ai juste mal au ventre et pas du tout envie de pousser. Quelle que chose ne va pas. Bébé devrait déjà être là. Je commence à douter de moi, de mes capacités. J’essaie de me rappeler tout ce qu’on m’a dit avant, qu’on peut toute le faire. Nathalie m’ausculte. Je suis dilatée à 9. Mon col se replie et bébé ne peut pas passer comme ça. La poche des eaux n’arrive pas à se percer. Je me dis que je vais repartir comme la première fois. Elles me font sortir de la baignoire pour que je change de position. Je leur fait confiance. On teste plusieurs choses, elles m’encouragent, me conseillent mais la poche ne se perce toujours pas. J’ai mal, je n’en peux plus. Je sens la poche des eaux se rompre, enfin ! Je me dis que ça y est ça va le faire. Mais je n’y arrive pas. J’ai mal au ventre quand je pousse et je n’arrive pas à pousser correctement. J’entends vaguement parler de ventouse. Je ne veux pas que cela arrive, mais je suis épuisée. Je leur dit que je n’en peux plus, que je n’y arriverai pas, que je veux qu’on m’ouvre le ventre pour le sortir. Elles me disent qu’on dit toutes ça et que maintenant il est trop tard, bébé est dans le bassin donc il faut pousser. Je me dis « eh mince, j’ai raté le coche ». Elles continuent de m’encourager, mon mari aussi. Elles me disent que bébé est là, que je peux toucher sa tête, mais je refuse de mettre la main. On change encore de position pour m’aider à pousser. Elles veulent absolument que je regarde dans le miroir pour voir la tête du bébé. Elles sont convaincues que cela va m’aider. Je ne comprends pas pourquoi, j’ai pas envie de voir ça, ça me dégoûte. Je fini par regarder. J’ai l’impression d’être dans « Alien », mais je prends conscience que bébé est juste là. Ce serait quand même vraiment con, après tout ce qui vient de se passer, d’être transférée à l’hôpital si près du but. Je ne sais pas où j’ai trouvé la force, mais avec leur aide et celle de mon mari, j’ai poussé comme une malade. J’ai senti mon vagin en feu, juré de toute mes forces et puis j’ai senti la tête passer et je me suis dit, ça y est, on y est. Encore une poussée pour les épaules et bébé était sur moi. L’éjection du placenta a été une formalité après ça. Ca brûlait encore mais c’était fait. J’ai vu la fierté de mon mari dans son regard et cette magnifique petite fille sur mon torse. Malgré la douleur, c’est cette image-là que je garderai à jamais en mémoire.


La suite de cette aventure n’a été que du bonheur. Nathalie a pris le temps de m’aider à mettre bébé au sein. Cela s’est fait naturellement, sans tirer sur mon sein. Elle s’est assurée que j’étais à l’aise, m’a réexpliqué les différentes positions, a pris le temps de vérifier la bonne succion de bébé. J’ai eu l’impression d’être chouchoutée tout le temps où je suis restée à la maison de naissance. Petit déjeuner au lit puis repas que j’avais moi-même préparé. Quel bonheur de le partager avec mon mari plutôt que de manger chacun de son côté J’ai été aidée pour prendre ma douche et nous avons pris le temps nécessaire avant de partir. Le papa a été présent tout au long des différentes étapes et il a participé activement à cette aventure. Il s’est senti utile au lieu de me regarder souffrir, impuissant.
À 16h, soit 12 heures après mon arrivée à la maison de naissance, j’étais de retour à la maison. Je pouvais marcher normalement, sans avoir mal. Je me suis bien évidemment reposée et me suis fait chouchouter par ma maman. Ma sage-femme de proximité a pris le relais du fait de mon éloignement de la maison de naissance. Mais Nathalie m’a appelée plusieurs fois pour prendre des nouvelles. Je me suis sentie soutenue et entourée et je me suis remise bien plus vite que la première fois.


Aujourd’hui, je me souviens avoir souffert, mais je me souviens surtout de tout le soutien que j’ai eu et de la facilité que j’ai eu à m’en remettre. Je ne regrette absolument pas mon choix. Je suis fière de moi et remercie du fond du cœur Nathalie et Roselène qui ont usé de toute leur expérience pour me donner la force d’aller au bout. Et bien évidemment, gros « Big up » à mon mari, mon super coach !

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