Accoucher en Maison de Naissance en France

Informations & Témoignages autour de l'expérimentation des accouchements en Maisons de Naissances en France.

Un cinquième accouchement à Doumaïa

Aujourd’hui c’est Nathalie, qui nous livre le récit de la venue au monde de son cinquième bébé à Doumaïa à Castres.

accouchement

J’ai donné naissance à mon cinquième enfant à la maison de naissance de Castres; enfant inattendu, surprise, qui devait ainsi naître aussi de façon surprenante. Après deux accouchements sous péridurale qui m’avaient laissé un goût d’inachevé et deux accouchements naturels en milieu hospitalier, je trouvais enfin l’opportunité d’accoucher comme chez moi, rêve que j’avais depuis la première grossesse. Je choisissais donc d’accoucher une troisième fois sans péridurale, sûre de moi, de mon choix et soutenue par mon mari dans cette aventure.

Le terme est prévu le 12 avril, mais j’ai toujours su que mon bébé naitrait le 5. Le 17 mars j’en ai assez et je trouve l’attente même un peu sournoise : tu es là, tu fais ta vie et un jour le travail pointe le bout de son nez : «  Coucou ça commence ! » Je sais qu’un de ces jours je vais avoir à accepter, à nouveau, de laisser aller mes barrières, de m’ouvrir, m’élargir, m’épanouir pour donner la vie à mon enfant, comme à chaque fois et peut-être cette fois, pour la dernière ; à supporter ce déferlement de vagues, ce rythme, entre la vie et la mort, ce fil tendu entre le réel et l’irréel, au fin fond de la vie, trouver ces étoiles qui donnent la force d’aller jusqu’au bout. Quand l’enfant ne s’arrête plus entre les contractions, qu’il avance, envers et contre tout vers l’extérieur, et que pour vivre, cet enfant te fait croire que tu vas mourir.

Le 4 avril, à huit jours du terme, les contractions ont commencé vers 5 heures du matin ; je sens que c’en est fini pour mon ventre, que la suite doit se faire à l’extérieur, parmi sa famille : mon mari et mes enfants ont hâte de le voir, mais pour eux, ce n’est qu’une attente, je suis la seule à devoir vivre cette épreuve qui se prépare doucement depuis quelques jours ; mon esprit et mon corps ont entamé la transition, je le sens, je le sais. Déjà le bouchon muqueux commence à partir ; c’est une question d’heures, guère plus, je le souhaite ! L’après-midi j’essaie de me reposer, mais sans trop de succès, mon mari rentre du travail et j’appelle ma sage-femme qui me dit se préparer de son côté, car en effet, vu que les contractions se sont mises en route plus régulièrement, nous finirons bien par nous voir aujourd’hui ! Elle me dit de venir à la maison quand j’en aurai envie, vraiment envie, pas avant. Je la rappelle à 19h, ça y est j’ai envie de venir, c’est sûr, le grand jour est arrivé !

On arrive à la maison vers 19h15, on s’installe dans la chambre, on fait à manger dans la cuisine, ma sage-femme m’examine : ça s’engage bien ! Je vais, je viens, entre le salon, la chambre et la cuisine dès qu’une contraction arrive. Nous passons à table, je mange léger puis vais m’isoler dans la chambre, je les laisse papoter ; j’ai chaud, alors, je me déshabille et enfile un long t-shirt. Après avoir fait la vaisselle et rangé la cuisine, mon mari me rejoint dans la chambre et ma sage-femme va se reposer aussi. Nous sommes allongés sur le lit, dans la pénombre, à somnoler. Il me tient dans ses bras. Quelques contractions me font gémir, elles sont inconfortables ; vers 23h, ma sage-femme vient voir si bébé va bien. Je marche, tourne en rond dans la chambre, je mange mes pâtes de fruits tout en gérant mes contractions et en regardant les minutes défiler jusqu’à minuit ! Nous sommes le 5 ! Et je suis en travail depuis vingt heures. Je me mets à quatre pattes contre le lit, ça me soulage. Ma sage-femme revient, et me propose un bain. Comme ça fait du bien ! Dans l’obscurité et le silence, pendant que ma sage-femme et mon mari attendent, je m’endors dans l’eau bienfaisante, et malgré les contractions que je sens dans mon sommeil, je ne me réveille pas… 1h30 du matin, j’ouvre à nouveaux les yeux, on vérifie que bébé va bien, il supporte bien le travail ; on y va à son rythme, c’est lui qui mène la danse. C’est mon dernier, et je crois aussi que mon corps prend son temps pour ne pas me fatiguer et pour me faire vivre chaque instant profondément dans ma chair et dans mon esprit. Je sors du bain, l’impression que ça n’avance plus, ma sage-femme m’examine et me rassure : « Si si, ça avance ! Sois tranquille ! » Je me remets à quatre pattes, ondule du bassin, ça commence finalement à être douloureux ! Ma sage-femme ne repart plus de la chambre et m’annonce qu’elle a appelé la seconde sage-femme de garde. Mais j’ai déjà commencé à perdre la notion du temps, toute concentrée sur mes sensations ; je mange encore un peu, je bois… je m’allonge, me relève, m’appuie au mur, peste sur ces contractions, et sur les raisons qui nous poussent à faire des enfants, que c’est vraiment inconscient de vouloir souffrir comme ça, d’être folle d’en avoir encore un… Et là, d’un coup, les choses prennent une toute autre allure : je DOIS me remettre à quatre pattes contre le bord du pied du lit, le buste en avant soutenue par des oreillers, car la douleur commence à être forte ; ma sage-femme me masse le bas du dos, elle émet des sons graves en accompagnant mes gémissements, elle souffle à mes côtés, je commence à haleter, je suis dans la dernier phase de dilatation où on ne peut guère plus se détendre entre chaque contraction, je vois les sages-femmes installer les alèses sous mes jambes, je me dit qu’elles savent que ça arrive, mon mari me masse le dos aussi, ça m’aide, il voit mon sacrum se soulever, car le bébé engage sa tête dans mon bassin, j’ai envie de pousser, mais je l’oublie aussitôt, mon mari me tient les mains et me caresse les cheveux, je sens une « masse » qui avance, les contractions sont puissantes et ne s’arrêtent plus, ma sage-femme me dit de laisser venir, que c’est mon bébé qui vient tout seul, que c’est bien ce que je fais ; je crie. Je crie. La position ne me va plus, alors les sages-femmes me proposent le tabouret, mon mari s’installe sur le lit, me soutient sous les épaules. La douleur est encore pire, insoutenable, je mets sans m’en rendre compte mes doigts dans mon vagin et sens sa tête bien présente qui remonte quand la contraction se termine, je suis hyper-tendue, je perds mon souffle, j’ai l’impression que mon cœur ne va pas supporter ma souffrance ! Au bout de deux ou trois contractions interminables, je veux retourner à quatre pattes et là c’est pire ! Encore plus douloureux mais plus confortable, je suis en sueur, j’ai trop chaud, je pleure, je crie : « Mais pourquoi ça ne vient pas ?! ça ne vient pas, pourquoi ??!!!! » et juste après « Non, ça va, je ne veux plus, pas encore je ne veux plus, je m’en vais » ma sage-femme continue à me parler, à me dire : «  tout va bien, ça vient, bien sûr que ça vient, ton bébé arrive ! » J’ai l’impression de vivre une éternité de douleurs, j’ai envie de toucher, par désespoir et je sens la tête de mon bébé dans mon sexe ; je n’ai pas perdu les eaux, désemparée, perdue, je ne sais plus quoi faire, comment faire pour ne plus avoir mal, mes cris sont des exutoires, ils me soulagent et me donnent l’impression de communiquer avec un autre monde, je ne vois plus la chambre, je suis ailleurs, avec mon bébé, unis dans cette naissance; je broie les doigts de mon homme, qui me soutient du regard, je sens sa compassion et son amour. Enfin, d’un coup, je comprends que mon bébé est bientôt là, je reprends le dessus sur ces douleurs, il suffit que je pousse maintenant ! Une première fois. Je touche. Mon périnée, mon anus, tout est tendu. La tête n’est pas loin. Ça me redonne du courage. Une contraction arrive, je ppoouuusseee, je sens la tête approcher, élargir mon périnée, je continue à pousser, dans un râle je sens ma peau s’élargir, se tendre autour du crâne, je sens la tête sortir. Une pause. Le silence. Les sages-femmes et mon mari sont à mes pieds, dans l’attente, mon mari a reçu les consignes pour recevoir le bébé dans les mains. Ça y est, je sais que je ne vais plus souffrir. Une dernière contraction, je l’accompagne d’une poussée, je sens les épaules passer et hop ! tout le reste glisse hors de moi, le corps, les pieds, le cordon ombilical et les eaux dégoulinent !

Je me retourne et dans les mains de mon amoureux, je vois que c’est une fille ! Elle pleure, j’enlève mon t-shirt, m’assois et la prends tout de suite contre moi. Quelques minutes après, j’expulse le placenta, puis lorsque le cordon cesse de battre, je le coupe. Elle cherche le sein, je l’y mets. Je me rends compte alors, qu’accompagnée de ma sage-femme et de mon époux, dans le calme de la nuit, dans l’intimité de la chambre, j’ai découvert une force, une transcendance ! J’ai vécu l’expulsion spontanée de mon bébé, d’une manière incroyable, sentir ce bébé cheminer tout seul vers la vie ! Nous sommes déjà unis dans la grossesse, vivre ensemble ces sensations et cette épreuve, nous fait finalement, naitre ensemble. Chaque accouchement fait naitre une nouvelle femme, une nouvelle maman, une nouvelle façon d’être. Le bébé nous donne ces capacités, il nous fait comprendre que si nous pouvons vivre cette expérience, alors nous pouvons tout traverser pour lui.

Nathalie nous explique son choix:  » le choix d’aller en maison de naissance, était une évidence , suite aux mauvais souvenirs que m’avaient laissé mes premiers accouchements médicalisés…et que pour mon dernier enfant il fallait finaliser et concrétiser ce désir si fort d’accoucher comme nos aïeules ! Mes parents étant nés à domicile, je ne voyais pas pourquoi , je ne donnerais pas, moi non plus naissance à la maison; mes grands-mères y étaient arrivé, pourquoi pas moi ? Etant admirative de ces femmes là, je voulais vivre la même chose, pour me sentir de cette « appartenance » de femmes qui depuis des millénaires ont accouché chez elles…. « 

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